DECENTRALISATION

Aujourd’hui, tous les Etats sont unanimes à reconnaître que la décentralisation est la pièce maîtresse de la machine du développement harmonieux et durable d’un pays.

Irène Adam

Conseillère Technique à la Décentralisation du MDGLAAT

Au Bénin, depuis 2003, l’Etat central a commencé progressivement à transférer les ressources aux collectivités territoriales afin qu’elles puissent jouir de la personnalité morale, de moyens et de compétences propres, donc d’une certaine autonomie locale, en vue d’impulser le développement économique à partir de la base. Cela leur a permis de disposer de trois catégories d’autonomie que sont :

• l’autonomie matérielle : la structure décentralisée jouit de la personnalité morale ; elle dispose d’un patrimoine et d’affaires propres ;

• l’autonomie organique : les affaires de la structure décentralisée sont gérées par le conseil communal qui est un organe propre à cette structure décentralisée ;

• l’autonomie fonctionnelle : la structure décentralisée gère ses affaires plus ou moins librement.

Mais il faut souligner que cette triple autonomie ne signifie pas que les communes sont entièrement indépendantes. La structure décentralisée reste sous la surveillance de l’Etat à travers le Ministère de la Décentralisation, de la Gouvernance Locale, de l’Administration et de l’Aménagement du Territoire (MDGLAAT) dont je voudrais féliciter les cadres et responsables à divers niveaux, ainsi que ceux des services déconcentrés et décentralisés pour leur engagement manifeste en vue d’impulser un nouveau dynamisme au processus de décentralisation. Mais malgré la détermination des uns et des autres, des problèmes d’ordre organisationnel et d’insuffisance de ressources financières, humaines et techniques subsistent.

Pour relever ces défis, le Ministère en charge de la décentralisation a organisé une tournée dans les 12 départements de notre pays. Cette tournée a permis au Ministre et sa délégation de discuter avec les acteurs du développement à la base des problèmes qui constituent un frein à la décentralisation en vue de trouver les voies et moyens pour y remédier.

Plusieurs échanges sur les indicateurs de performance élaborés tant à l’endroit des préfectures que des communes, outils pour apprécier et évaluer les différents services rendus aux populations ont été effectués avec les préfets et les maires.

La mise en œuvre efficiente de ces indicateurs pour l’atteinte des objectifs escomptés doit être axée nécessairement sur la culture des valeurs telles la ponctualité, la présence effective au poste, l’excellence dans le travail, le civisme, la responsabilité, la justice, le respect des lois, etc., par les différents cadres du Ministère et les responsables et agents des services déconcentrés et décentralisés à divers niveaux. Ceci permettre d’offrir des services de qualité aux populations pour réduire considérablement la pauvreté et atteindre les Objectifs du Millénaire pour le Développement (OMD).

Dans ce cadre, le Président de la République, le Docteur Boni Yayi, semble avoir trouvé la solution pour un véritable décollage du développement. Depuis son accession à la magistrature suprême, il a expérimenté plusieurs schémas pour enclencher le développement de notre pays. Mais il a fini par trouver le bon bout. En lançant le 09 Septembre dernier le chantier de construction d’une école, il a montré le chemin d’une nouvelle donne qui fera école dans la gestion de nos communes.

L’on comprend de cet acte inédit, que la décentralisation a besoin d’être renforcée par la mobilisation locale pour conduire et suivre les initiatives à la base. Ceci conduira à coup sûr au développement de la nation tout entière, lorsque cette initiative appelée « Initiative de Dogbo » (IDD) sera dupliquée et étendue à toutes les autres communes, et si les acteurs locaux sont véritablement impliqués dans le processus de réalisation. Ceci reste le gage et la preuve de ce que les maires du Bénin pourront prouver combien le pays a raison de s’engager dans cette nouvelle dynamique quant à la gestion des affaires de la cité. L’Initiative de Dogbo ainsi décrite, reste la preuve même de l’engagement du Président de la République, le Docteur Thomas Boni Yayi. Elle est une opportunité que les différents acteurs de la chaine de décentralisation doivent saisir pour combler véritablement les attentes de ce sous-secteur de la vie nationale.

Il importe donc d’agir avec efficacité dans tous les secteurs (Eau et Energie, Agriculture, Education, Santé, etc.), pour que la cible visée dans le cadre de la décentralisation soit le réel bénéficiaire. C’est dire que les ressources inscrites au chapitre de la mise en application de la décentralisation et de la bonne gouvernance locale doivent être effectivement vouées à cette cause. C’est d’ailleurs pour ce faire que pendant trois jours (6 au 08 novembre passé), les cadres et responsables du Ministère de la Décentralisation, de la Gouvernance Locale, de l’Administration et de l’Aménagement du Territoire se sont retrouvés à Grand-Popo avec les partenaires techniques et financiers du Bénin du secteur de la Décentralisation/Déconcentration, à la faveur d’un séminaire de haut niveau sur l’Efficacité de l’Aide, la Décentralisation et la Gouvernance Locale.

Les différentes thématiques abordées au cours de ce séminaire (les 5 principes de la Déclaration de Paris, le transfert des compétences, la participation citoyenne, l’intercommunalité, les plans 2D, la coordination et la fourniture des services de base, etc. ) suivies de débats très enrichissants ont permis de mettre à nu les différents problèmes qui constituent un frein à la mise en œuvre efficace du processus de Décentralisation/Déconcentration au Bénin, et de situer les responsabilités à tous les niveaux (Gouvernement, MDGLAAT, PTF, Ministère sectoriels, acteurs à la base, etc.).

L’un des défis actuels du MDGLAAT reste la mise en œuvre des recommandations issues de ce séminaire. Les autres défis sont notamment la mise en place d’une dynamique pour réduire la réticence des Ministères sectoriels à transférer les ressources et les compétences aux communes, l’encouragement des PTF à abonder davantage le FADeC (Fonds d’Appui au Développement des Communes), le renforcement des capacités des acteurs locaux par la création du Centre de Formation pour l’Administration Locale (CeFAL), la mise en place d’un Système d’Information Territorial (SIT) pour renseigner le niveau d’investissement commune par commune, la réalisation régulière des audits, la vulgarisation de la charte sur la gouvernance locale, etc. Autant de défis dont la finalité est l’offre de services de qualité aux populations.

La décentralisation au Bénin a donc toutes les chances de réussir, car elle dispose de tous les atouts nécessaires : un Chef d’Etat plus que jamais convaincu que le développement ne peut que se réaliser du bas vers le haut, et œuvrant par tous les moyens à cette fin, un Ministre déterminé et rompu à la tâche, les cadres du MDGLAAT, les acteurs opérationnels de la décentralisation à la base et les Partenaires Techniques et Financiers, tous déterminés à changer la donne. Quant aux populations, je voudrais les inviter à cultiver davantage l’esprit de paix et de tolérance, à faire preuve de civisme, à préserver les infrastructures réalisées à grands frais, à éviter d’être utilisées dans les actes de sabotage des actions du Gouvernement et à dénoncer les mauvaises pratiques dans les communes, en vue d’aider le Chef de l’Etat, le Ministre en charge de la Décentralisation et tout le Gouvernement à améliorer davantage leurs conditions de vie. Nous devons tous nous battre davantage, unir nos efforts et améliorer nos performances à tous les niveaux pour faire prospérer la décentralisation qui est indubitablement le chemin le plus sûr et le plus efficace vers le développement durable de tout pays, mais un vaste chantier auquel tous les acteurs concernés doivent apporter leur pierre. Ce n’est que grâce à la décentralisation que notre pays pourra amorcer véritablement son développement socio-économique, politique et culturel.